Le Musée Unterlinden de Colmar : un écrin pour le retable d’Issenheim et bien plus encore
Le musée Unterlinden est un musée polyvalent de la ville de Colmar présentant à la fois des collections d’art médiéval, d’archéologie locale, d’arts décoratifs mais aussi d’art contemporain répartis dans deux bâtiments pour une surface totale de 7 900 m². Le musée dispose de l’appellation Musée de France et accueille environ 200 000 visiteurs par an.
Article de Margot Carette (promo 2024-2025)
Histoire du musée :
Si le musée ouvre ses portes en 1853, le bâtiment en lui-même est beaucoup plus ancien. Avant le musée il y avait le couvent des Unterlinden (de l’alsacien Unter-sous et Linden-tilleul) fondé en 1232 par Agnès de Mittelnheim et Agnès de Hergheim (femmes nobles de la région) habité jusqu’à la Révolution par des sœurs de l’ordre des Dominicains. En 1790, les moniales quittent le couvent qui devient alors une caserne militaire elle-même rapidement laissée à l’abandon. En 1853, la Société Schongauer (société locale d’amateurs d’art) sauve le bâtiment de la destruction en y ouvrant un musée destiné à accueillir des chefs-d’œuvre locaux comme le retable d’Issenheim ou encore la mosaïque gallo-romaine de Bergheim découverte non loin en 1847. La société Schongauer (aujourd’hui devenue une association privée selon la loi 1906) est d’ailleurs toujours en charge du musée. Le bâtiment est classé au titre des Monuments historiques en 1852.
Depuis le musée a connu d’importants travaux d’agrandissement de 2012 à 2015 ; les anciens bains municipaux construits en 1906 abritent désormais les collections d’art moderne et contemporain. Ce deuxième bâtiment est relié au couvent par une galerie souterraine conçue par le cabinet d’architecte Herzog & de Meuron où sont exposées les collections archéologiques ainsi que les œuvres du 18e siècle créant ainsi un lien entre les deux parties du musée.
En plus de pouvoir admirer le célèbre retable d’Issenheim dans la chapelle du couvent, le musée Unterlinden abrite également d’autres retables dans sa collection médiévale tel que les retables réalisés par l’artiste colmarien Martin Schongauer qui donnera son nom à la société gérant le musée. On notera par exemple son retable dit « des Dominicains » représentant l’enfance et la passion du Christ ; réalisé vers 1480, ce polyptyque contient quatre panneaux eux-mêmes divisés en quatre parties.
Outre les retables et la peinture sur bois, on peut également trouver des bas-reliefs ainsi que de la statuaire religieuse dont de nombreuses Vierges à l’Enfant ainsi que des représentation de saints.
La collection archéologique du musée Unterlinden présente principalement des objets retrouvés à proximité comme la mosaïque gallo-romaine retrouvée à Bergheim (à 20km de Colmar) mise en avant par le musée dans leur visite « chefs-d’œuvre » au même titre que le retable d’Issenheim. En effet, le musée propose une visite guidée des chefs-d’œuvre du musée et met principalement en avant ses collections d’art ancien.
Nous allons maintenant nous intéresser à la partie moins connue du musée : le deuxième bâtiment et ses collections modernes et contemporaines.
En effet, depuis 2015 le musée Unterlinden s’est étendu à l’ancien bâtiment des bains municipaux et présente des grands noms de l’art moderne comme Dubuffet ou encore Soulages. Les collections modernes et contemporaines se forment dans les années 1960 grâce à d’importantes donations telles que la donation Florine Langweil qui offre notamment au musée un tableau de Renoir (Portrait de Joseph Le Coeur) ou du peintre Lucien Simon. On notera également le legs du collectionneur Jean-Paul Person (1927-2008) ainsi que la donation de 124 œuvres réalisées par le peintre américain Joe Downing (1925-2007). La politique d’acquisition du musée concernant l’art moderne et l’art contemporain se concentre sur deux axes : l’art de 1930 à 1960 et les relations entre la France et l’Allemagne.
Les œuvres d’Otto Dix
Suivant justement l’axe des relations France-Allemagne, le musée expose des œuvres du peintre expressionniste allemand Otto Dix dont la plupart ont été réalisées durant son passage au camp de prisonnier allié du Logelbach à Colmar en 1945 (Dix avait été enrôlé de force dans l’armée allemande). Reconnu par un des lieutenants du camps, Otto dix sera placé dans une section spéciale pour les artistes et aura l’autorisation de travailler dans l’atelier du peintre colmarien Robert Gall (1904-1974). C’est là qu’il peint l’œuvre Portrait d'un prisonnier de guerre représentant un de ses codétenus, le peintre Otto Luick.
Certain·es voient dans l’expression du sujet, l’utilisation des couleurs ainsi que la couronne de barbelés rappelant la couronne d’épines de la « Crucifixion » représentée dans le retable d’Issenheim. Il est vrai que le peintre a pris le retable comme inspiration pour son œuvre en général ; il dira lui-même : « J’ai vu deux fois le Retable d’Issenheim, une œuvre impressionnante, d’une témérité et d’une liberté inouïes, au-delà de toute « composition », de toute construction, et inexplicablement mystérieuse dans ses différents éléments ".1
Ce lien entre Otto Dix et le retable d’Issenheim a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition intitulée « Otto Dix et le Retable d’Issenheim, destins croisés » d’octobre à décembre 2017. Organisée à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance d’Otto Dix, cette exposition fut la première exposition d’art moderne du musée Unterlinden depuis l’ouverture de son extension en 2015.
Si l’exposition est aujourd’hui finie depuis plusieurs années, certains des tableaux du peintre allemand sont toujours visible dans le parcours permanent du musée aux côtés d’autres grands noms de l’art moderne comme Dubuffet, Picasso ou encore Baselitz.
[1]Goerig-Hergott (Frédérique), dir., Otto Dix - le Retable d’Issenheim (catalogue d’exposition), Colmar-Paris, Musée Unterlinden-éditions Hazan, 2016
Pour aller plus loin
Sitographie :
- Article sur la vente aux enchère de Jean Paul Person au profit du musée : https://www.lalsace.fr/actualite/2010/04/16/280-000-euros-pour-le-musee-d-unterlinden
Ressources du Musée Unterlinden :
- Histoire du musée : https://www.musee-unterlinden.com/musee/histoire-du-musee/ ; http://musee-unterlinden.com/musee/societe-schongauer/histoire/
- Collection :
- Beaux Arts Magazine sur l’exposition Otto Dix-Retable d’Issenheim : https://www.beauxarts.com/expos/otto-dix-et-le-retable-dissenheim-destins-croises/