Impact de la violence au Mexique : Ruines mayas inaccessibles et enjeux pour le tourisme en Chiapas et la conservation de ses sites archéologiques
Un impact majeur se dessine sur le tourisme mexicain et sa communauté indigène, alors que les autorités reconnaissent que deux célèbres sites archéologiques mayas sont inaccessibles aux touristes en raison de la hausse de violence des cartels en Chiapas.
Article de Andrea G. Ruvalcaba Martin del Campo
Les défis de conservation, préservation et accessibilité des sites archéologiques mexicains sont des enjeux controversés. Bien que les ruines mayas du Chiapas fassent face à des difficultés dues à la violence des cartels, d’autres sites emblématiques comme Chichén Itzá, dans l’État de Yucatán, ne sont pas épargnés. En effet, l’augmentation constante du tourisme sur les pyramides de Chichén Itzá a intensifié les pressions sur leur conservation, entraînant une détérioration rapide et rendant les efforts de restauration plus compliqués[1]. Parallèlement, il existe des tensions entre les communautés indigènes et les autorités locales, comme en témoigne le récent blocage des voies d’accès aux pyramides par des groupes indigènes[2].
Ces incidents mettent en lumière les défis complexes auxquels la conservation et le tourisme des sites archéologiques au Mexique sont confrontés depuis longtemps. Ils révèlent également les lacunes et les défis auxquels est confronté le gouvernement dans sa gestion de ces problématiques persistantes.
Malgré le manque d’implication évident du gouvernement mexicain pour faire face à ces défis, ces problématiques commencent à attirer une attention croissante à l’échelle internationale. En effet, au cours du mois de février, des journaux américains tels que USA Today et Los Angeles Times ont publié des articles mettant en lumière les célèbres ruines mayas devenues inaccessibles en raison de la hausse de la violence des cartels. Ces articles ont également inclus des témoignages recueillis lors d'entretiens anonymes avec un groupe de guides touristiques de Chiapas, soulignant l'impact direct de la situation sur les personnes travaillant dans l'industrie du tourisme local.
En janvier 2024, le gouvernement mexicain a admis une augmentation significative de la violence entre les cartels de drogue dans l'État méridional du Chiapas, à la frontière avec le Guatemala, au cours de l'année précédente[3]. Cependant, le président Andrés Manuel López Obrador a jusqu'à présent choisi de minimiser et d'ignorer cette réalité, permettant ainsi aux cartels de gagner du terrain dans ces régions. Cette escalade de l'insécurité a rendu au moins deux sites archéologiques mayas renommés - Yaxchilán et Bonampak - inaccessibles aux touristes en raison de la violence des cartels et de conflits fonciers[4]. Des témoignages anonymes recueillis auprès d'un groupe de guides touristiques ont également confirmé que au moins deux autres sites, que le gouvernement et l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) affirment rester ouverts au tourisme, sont également touchés par la même situation. Parmi les sites identifiés par la recrudescence de la violence se trouvent également les pyramides de Toniná, dont l'accès n'est possible que par des points de contrôle des narco-gangs. Cette situation préoccupante dans l'État du Chiapas a suscité des inquiétudes parmi les guides touristiques[5].
Selon des entretiens rapportés par un article publié sur Los Angeles Times, un groupe de guides touristiques de Chiapas a partagé leurs préoccupations quant à la situation actuelle dans la région : « C’est comme si vous me disiez d’aller dans la bande de Gaza, n’est-ce pas ? Ils vous demandent votre carte d’identité pour voir si vous êtes un habitant, pour voir si vous vivez vraiment dans la région. […] Ils prennent votre téléphone portable, vous obligent à leur donner votre mot de passe et vérifient vos conversations pour savoir si vous n’appartenez pas à un cartel ou quelque chose comme ça […] », a partagé l‘un des guides, décrivant un barrage routier sur la route de Lagartero, un site archéologique entouré de belles lagunes violettes.
Cependant, l’Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) a émis un communiqué assurant que des sites comme Bonampak et Lagartero restent ouverts au public, affirmant que les rapports sur le danger lié au trafic de drogue sont « faux, tendancieux et irresponsables[6] ». Cette déclaration officielle minimise les problèmes de sécurité dans ces zones et peut compromettre la sécurité des touristes. De plus, l'INAH a lui-même reconnu des problèmes d'accessibilité à des sites comme Yaxchilán, recommandant aux touristes de ne pas visiter la zone archéologique à certaines périodes pour éviter une expérience de visite frustrante[7].
Les deux cartels belligérants, ceux de Sinaloa et de Jalisco, ont instauré un climat de terreur dans les villages du Chiapas, recrutant ou forçant souvent les villageois à servir comme soldats et empêchant l’entrée des troupes de la Garde Nationale. En réaction, les habitants des villages ont attaqué les troupes de la Garde Nationale, exacerbant ainsi une situation qui semble échapper à tout contrôle.
Il est important de noter que de nombreux habitants du Chiapas appartiennent à des groupes indigènes, tels que les choles ou les lacandones, qui sont les descendants des anciens Mayas[8]. Les forcer à servir les groupes criminels dans leurs combats a des conséquences terribles. Certains de ces groupes indigènes comptent très peu de membres et sont souvent impliqués dans des luttes pour récupérer leurs terres[9].
Ces événements ont entraîné des répercussions dévastatrices sur les groupes indigènes qui dépendent du tourisme pour leur subsistance. Des centres communautaires vendant de l’artisanat, proposant des hébergements, des excursions en bateau, et des produits artisanaux ont été gravement affectés[10]. L'impact sur l’économie est donc très grave, d'autant plus que le Chiapas est un État principalement agricole, sans grande industrie. Le tourisme est devenu un pilier économique essentiel, constituant l’une des rares sources d’emplois directs dans la région.
Les défis de conservation, préservation et accessibilité auxquels sont confrontés ces sites archéologiques au Mexique sont le reflet d’une situation complexe et préoccupante. Des sites emblématiques tels que Chichén Itzá subissent les pressions croissantes du tourisme, tandis que la violence des cartels rend certains sites, comme Yaxchilán et Bonampak, inaccessibles aux visiteurs.
Il est crucial de reconnaître l’impact dévastateur de ces problèmes sur les communautés, en particulier sur les groupes indigènes dépendant du tourisme pour leur subsistance. Des mesures doivent être prises par le gouvernement mexicain afin de soutenir ces communautés et préserver leur patrimoine culturel et économique. La protection des sites archéologiques mexicains nécessite une action immédiate et concertée pour assurer leurs préservations pour les générations futures, tout en garantissant le bien-être des communautés locales qui en dépendent.
Notes de bas de page
[1] https://www.usatoday.com/story/travel/2024/02/02/drug-cartel-violence-mexico-mayan-ruins/72454683007/
[2] https://www.usatoday.com/story/travel/2024/02/02/drug-cartel-violence-mexico-mayan-ruins/72454683007/
[3] https://www.latimes.com/espanol/mexico/articulo/2024-01-27/mexico-reconoce-que-ciertas-ruinas-mayas-son-inaccesibles-debido-a-la-violencia
[4] https://www.latimes.com/espanol/mexico/articulo/2024-01-27/mexico-reconoce-que-ciertas-ruinas-mayas-son-inaccesibles-debido-a-la-violencia
[5] https://www.latimes.com/espanol/mexico/articulo/2024-01-27/mexico-reconoce-que-ciertas-ruinas-mayas-son-inaccesibles-debido-a-la-violencia
[6] https://www.latimes.com/espanol/mexico/articulo/2024-01-27/mexico-reconoce-que-ciertas-ruinas-mayas-son-inaccesibles-debido-a-la-violencia
[7] https://www.usatoday.com/story/travel/2024/02/02/drug-cartel-violence-mexico-mayan-ruins/72454683007/
[8] https://www.usatoday.com/story/travel/2024/02/02/drug-cartel-violence-mexico-mayan-ruins/72454683007/
[9] https://www.latimes.com/espanol/mexico/articulo/2024-01-27/mexico-reconoce-que-ciertas-ruinas-mayas-son-inaccesibles-debido-a-la-violencia
[10] https://www.usatoday.com/story/travel/2024/02/02/drug-cartel-violence-mexico-mayan-ruins/72454683007/
Webographie
- Fischer, A. (2023, mars 24). México abrirá un nuevo museo para Chichén Itzá, el mítico sitio arqueológico maya. National Geographic en Español. https://www.ngenespanol.com/el-mundo/nuevo-museo-de-chichen-itza/
- Lugares INAH - Acrópolis. (s. d.). Consulté 15 février 2024, à l’adresse https://lugares.inah.gob.mx/es/zonas-arqueologicas/zonas/estructuras/9351-181-acr%C3%B3polis.html?lugar_id=1679
- Lugares INAH - Acrópolis Sur. (s. d.). Consulté 15 février 2024, à l’adresse https://lugares.inah.gob.mx/es/zonas-arqueologicas/zonas/estructuras/6213-217-acr%C3%B3polis-sur.html?lugar_id=1688
- Mexico’s famed Mayan ruin sites unreachable because of cartel violence, land dispute : Report. (s. d.). USA TODAY. Consulté 15 février 2024, à l’adresse https://www.usatoday.com/story/travel/2024/02/02/drug-cartel-violence-mexico-mayan-ruins/72454683007/
- Press, P. M. S. A. (2024, janvier 27). México reconoce que ciertas ruinas mayas son inaccesibles debido a la violencia. Los Angeles Times en Español. https://www.latimes.com/espanol/mexico/articulo/2024-01-27/mexico-reconoce-que-ciertas-ruinas-mayas-son-inaccesibles-debido-a-la-violencia